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Paroles

Aude Caria

Directrice de Psycom

Pyschologue de formation, Aude Caria est la directrice de Psycom, la plateforme d’information référente sur la santé mentale et les troubles psychiques. Nous avons eu l’occasion de retracer son parcours, l’origine et le fonctionnement de l’organisme, particulièrement mobilisé en cette année de « grande cause nationale »…


Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?


J’ai une formation de psychologue, complétée par des études en épidémiologie et en santé publique. Ma carrière a démarré à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) où j’ai travaillé sur des études d’épidémiologie psychiatrique, notamment sur une enquête internationale concernant les troubles psychologiques en médecine générale dans les années quatre vingt-dix. J’ai également mené des évaluations sur les conditions de vie des patients psychiatriques et sur leurs besoins en soins, ainsi qu’une enquête nationale sur la perception de la santé mentale. Cette double approche – socio-anthropologique et épidémiologique – m’a permis d’analyser les représentations sociales des maladies mentales et leur impact sur la perception et le diagnostic des troubles psychiques.
À cette époque, les soins psychiatriques évoluaient : ils sortaient des hôpitaux spécialisés pour s’ouvrir sur la cité, rendant la question de l’intégration et de la stigmatisation plus visible. Tout cela a forgé mes connaissances de base et mes intérêts. Contrairement aux pays anglo-saxons (Royaume-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, etc.), où il existait des politiques publiques très actives en termes d’information sur les troubles, il n’y avait rien en France dans ce domaine, ce qui a motivé mon intérêt pour le sujet. L’information permet en effet de lutter contre les idées reçues, le tabou, tout en favorisant l’intégration citoyenne des personnes vivant avec des troubles psychiques.

L’information permet en effet de lutter contre les idées reçues, le tabou, tout en favorisant l’intégration citoyenne des personnes vivant avec des troubles psychiques.


Comment est né concrètement Psycom ?


Psycom a été fondé dans les années quatre vingt-dix à l’initiative de cinq établissements psychiatriques parisiens. L’objectif initial était d’informer sur les soins et les pathologies sur le territoire. J’ai rejoint l’équipe en 2003 dans le cadre du premier poste dédié à cette mission. Le premier outil que nous avons développé était un guide de la psychiatrie publique à destination des médecins généralistes.
En 2013, nous avons bénéficié du soutien de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France, ce qui nous a permis d’élargir notre action au-delà de Paris. Grâce à Internet, notre audience s’est développée et nous sommes aujourd’hui une référence nationale et francophone en matière d’information sur la santé mentale.


Quels sont les objectifs et les missions de Psycom ?

Nous avons deux missions principales :

  • Fournir une information fiable, accessible et indépendante sur la santé mentale.
  • Créer des outils pédagogiques pour sensibiliser et lutter contre la stigmatisation.

Notre site est devenu une référence sur tous les aspects de la santé mentale, offrant une information claire et pédagogique destinée aussi bien aux professionnels qu’au grand public.


À qui s’adresse la plateforme ?


Psycom s’adresse aussi bien aux personnes concernées par des troubles psychiques et à leurs proches, qu’à des professionnels dans tous les domaines (santé, social, éducation, justice, etc.) ou des élus.
Nous constatons également un intérêt croissant de la part des enseignants, qui souhaitent aborder ces sujets avec leurs élèves. De manière générale, les jeunes générations sont plus à l’aise pour parler de santé mentale. Nous avons développé par exemple des outils adaptés, comme « Le Jardin du Dedans », qui permet aux adultes d’échanger avec les enfants.


Comment développez-vous vos outils et vos contenus?


De façon générale, notre méthode repose sur la co-construction, c’est-à-dire que les supports sont pensés et réalisés de façon collective. D’abord, nous réalisons une revue de la littérature et des enquêtes journalistiques sur un sujet donné, puis nous interviewons des spécialistes, psychiatres, psychologues, sociologues, patients, aidants, etc. Enfin, nous testons nos outils sur le terrain, auprès des publics-cibles, avant de les diffuser sur notre site, au plus grand nombre.
Par ailleurs, nous travaillons en partenariat avec des institutions, comme la Ville de Paris, le CNFPT et le Ministère de la Santé, pour développer des formations et des supports d’e-learning.
En résumé, nos outils sont très variés. A l’image de La « Boussole de la Santé Mentale » ou de « Le Cosmos Mental », nous accordons une place importante à l’esthétisme des supports, qui nous semble essentiel pour dédramatiser le sujet et lutter contre la stigmatisation. Nous collaborons par exemple avec des illustrateurs jeunesse afin de proposer un contenu visuellement attractif et engageant.


Est-ce que vous constatez des évolutions dans la perception et l’intérêt du public ?


Oui, nous observons d’abord une augmentation significative de la fréquentation de notre site, avec plus de 80 000 visites chaque mois. Malgré des moyens limités, notre notoriété repose sur la qualité et la fiabilité de nos contenus. De façon un peu plus générale, l’intérêt et l’information sur la santé mentale ont réellement émergé en France après la crise du Covid, avec beaucoup de retard par rapport à d’autres pays. Notre mission est d’accompagner ce changement en fournissant des ressources adaptées…

L’intérêt et l’information sur la santé mentale ont réellement émergé en France après la crise du Covid, avec beaucoup de retard par rapport à d’autres pays. Notre mission est d’accompagner ce changement en fournissant des ressources adaptées…


Au-delà du site, l’équipe de Psycom se déploie-t-elle aussi « physiquement »?


Nous sommes déjà présents sur le terrain, sur des événements ou dans le cadre de collaborations avec plusieurs organismes partenaires, comme Santé Publique France, qui relaient nos brochures et utilisent nos contenus. Ceci dit, nous sommes une petite structure et nous ne sommes pas réellement en mesure de faire davantage : notre mission principale reste d’informer et d’outiller les acteurs de terrain pour qu’ils puissent, à leur tour, sensibiliser et accompagner les publics concernés.

Notre mission principale reste d’informer et d’outiller les acteurs de terrain pour qu’ils puissent, à leur tour, sensibiliser et accompagner les publics concernés.